Relais Louis XIII * (Manuel Martinez) Paris 6

Catégorie : Gastronomie.
Avis : Très Bien.
Prix : Pas Cher.
Statut : Dîner Anonyme.

Loin de toutes les audaces culinaires des dernières tables parisiennes à la mode, Manuel Martinez (ex Tour d’Argent) perpétue au Relais Louis XIII une tradition gastronomique française classique et de bon aloi.

Le Relais Louis XIII consacre une certaine idée de la France, la France des films de Claude Sautet, la France d’une revanche de la province sur la capitale aussi, une France gourmande et fière de ses terroirs. Le cadre est à cette image, bourgeois avec poutres apparentes, en même temps un peu petit, étriqué aussi. 

La table est simplement dressée, sans chichi ni luxe ostentatoire. Le cristal ne sera pas de sortie, il est sans doute resté dans l’armoire normande, qui sait!

Le chef sait se faire présent en salle, mais pas omniprésent, attentionné pour les convives, jovial, un œil sur les tables, les plats, un bon mot pour un habitué, plusieurs clients sont gratifiés d’un « Monsieur le Président » ostentatoire.

Venons en aux assiettes, avec parmi les entrées un « Ravioli de homard breton, foie gras et crème de cèpes » : pas absolument nouveau, mais c’est une belle entrée et savoureuse, à base de produits nobles. Pourquoi faudrait-il demander plus ? Sinon des « Encornets à la carbonara » : là encore un air de déjà-vu, l’encornet est au format spaghetti, mais c’est aussi une vraie réussite.

Parmi les plats, un « Bar de ligne, jus et coquillages au safran, légère mousseline de céleris» à la présentation un peu tristounette, en même temps simple et efficace. On pourra essayer autre chose et ne rien perdre une autre fois.

Ne passons pas à côté des fromages, achetés à Rungis par le Chef et affinés dans une cave du restaurant spécialement prévue à cet effet. Un must. Et un régal.

Le chef pâtissier est une jeune Japonaise, cela doit être à la mode. Nous optons pour le «soufflé chocolat praline » à commander évidemment en début de repas. Extrêmement chocolaté, délicieux et roboratif.

Service extrêmement fébrile voire un peu angoissé : ça court dans tous les sens, ça se croise, ça se frôle, l’incident diplomatique ou la collision ne sont souvent évités que de justesse. Le sommelier est trempé de sueur. La chef de salle se veut chantonnante mais au pas de charge, anxieuse avec un regard sur toute sa troupe et toutes les tables. Au fromage elle indiquera mi-figue mi-raisin que l’il faut finir les assiettes « sinon le chef va la licencier et elle a trois enfants à nourrir. » À ce moment-là, le malaise s’installerait presque.

Au moment de quitter notre table, on nous proposera d’aller saluer la pâtissière japonaise, et là, passant au milieu du Chef et d’une partie du personnel de salle qui devisent à l’entrée des cuisines, on nous expliquera nerveusement qu’elle « est là avant tout le monde, elle travaille beaucoup, on se demande ce que font les garçons ». Et l’on comprendra alors pourquoi on ressent pour la première fois dans un restaurant ce sentiment d’étrangeté, d’Unheimlichkeit dirait un psychanalyste: le symptôme est là et nous y sommes plongés, comme dans ces familles où les limites n’ont pas ou pas clairement été posées : « ça » part dans tous les sens. Il faudrait recadrer car les enfants sont stressés, cherchent à tester les possibles tout autant que les limites.

En même temps, d’une certaine façon, c’est drôle et sympa, « nature » et sans chichi à l’image de la table, ça assure le show, ça occupe les clients en salle, un show involontaire certes, qui met aussi parfois mal à l’aise mais qui amuse: c’est déjà ça.

Le menu du soir à 80 € permet de choisir une entrée, un plat et un dessert dans la carte. Les portions seront plus petites mais la formule s’avère d’un très bon rapport qualité-prix, avec une addition à 200 € en moyenne pour deux comprenant les fromage, l’eau minérale et deux verres de vin. Peut-être sommes-nous là aussi un peu en province. À la carte, il faudra compter en moyenne 50 euros par assiettes, de l’entrée au dessert.

Voiturier. Réservation conseillée.

Ce restaurant a perdu une de ses deux étoiles dans l’édition 2015 du Guide Michelin.

Le Relais Louis XIII
8, rue des Grands-Augustins
75 006 PARIS
Tél.: +33 (0) 1 43 26 75 96
Fax: +33 (0) 1 44 07 07 80
Ouvert du mardi au samedi, déjeuner et dîner. 
contact@relaislouis13.com
www.relaislouis13.fr

 

3 réflexions au sujet de « Relais Louis XIII * (Manuel Martinez) Paris 6 »

  1. J’ai pensé à ton article hier soir au Relais Louis XIII. J’ai eu l’impression de vivre exactement la même chose ! Sommelier en sudation intense. Le Chef jamais en cuisine toujours à papoter avec les habitués. Des « Monsieur le Président » dans tous les sens. Service un peu dans les choux quand on demande de ne pas avoir de poivron dans le menu dégustation et que le premier plat est une salade de poivrons. Énorme ! A part ça, la cuisine est très bonne et le service reste sympathique malgré tout !

    • La chronique est vraiment ancienne. C’est drôle que l’atmosphère n’ait pas changé, je m’étais demandé s’il n’y avait pas eu un truc particulier ce soir là… C’est drôle et puis c’est bien. L’endroit et l’équipe sont authentiques chacun dans son genre, et la formule est vraiment très intéressante. J’ai gardé un très bon souvenir de mon repas. Merci pour ce retour Alex.

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