“Mirazur: one of ten restaurants worth a plane ride”
New-York Times
“N’exagérons rien tout de même!”
www.critique-gastronomique.com
Catégorie: Gastronomique.
Avis: Exceptionnel.
Prix: Pas Cher.
Le restaurant Mirazur fait partie des heureux gagnants du classement du guide Michelin 2012, obtenant une seconde étoile cette année, comme neuf autres établissements. Il quitte ainsi le groupe extrêmement hétérogène des restaurants une étoile de cette partie de la Côte d’Azur pour intégrer un club nettement plus restreint de 6 restaurants (voir liste en fin d’article).
Le Chef s’appelle Mauro Colagreco , il est le seul chef argentin étoilé à ce jour, et a effectué le parcours obligé des futurs grands Chefs en France aujourd’hui: Passard, Ducasse et Martin pour les principaux.
Menton, c’est le bout du bout de la France, puisque après cette ville, il y a l’Italie. Et le restaurant Mirazur, c’est le bout du bout de Menton, puisque après ce restaurant, il y a l’Italie aussi (à cinq mètres !).
Première déception à l’arrivée: le restaurant se trouve dans une villa sans charme et sans grâce des années 60 comme il en a été beaucoup construit à cette époque. Aucun cachet et aucune mise en valeur. L’enseigne est si discrète que je passe deux fois devant avant de la trouver.
Seconde déception : pas de voiturier. Renseignement pris, il faut redescendre l’avenue Aristide Briand de quelques dizaines de mètres. On trouve alors un petit parking, où il reste une place, alors que la salle est aux trois quarts vide lors de notre déjeuner. Ca laisse mal augurer d’une grande affluence. Grosse cylindrée s’abstenir.
Troisième déception avec la décoration intérieure, à l’image du bâtiment, complètement passée de mode. Damido meets Ikea, version total look formica. Ou comment marier du violet, du gris, du blanc et du noir, soit toutes les couleurs que je déteste. Pour couronner le tout, des croûtes infâmes accrochées aux murs. Un beau mobile de la très talentueuse Stéphanie Marin dans l’escalier tente de sauver le tout du naufrage intégral.
Seules 6 tables sont occupées, du coup nous sommes tous en bordure de la baie vitrée avec une jolie vue sur la Méditerranée et Menton, juste au dessus de la voie ferrrée. Des clients du coin, une table d’Italiens, deux tables d’étrangers, dont un couple d’Américains.
Passons à la carte : là ça devient intéressant, d’abord parce qu’elle est plutôt conceptuelle, et que lorsqu’on va souvent au restaurant, ce qui est mon cas, on finit par se lasser des descriptifs de plats plus ou moins inspirés, plus ou moins abscons, qui finissent par ne plus évoquer grand-chose, si ce n’est au mieux une certaine lassitude, ou au pire un profond désarroi.
Ensuite, cette carte est vraiment simple sans règles compliquées.
Pas besoin d’une grande concentration : le choix des entrées (29 €) se fera entre chlorophylle, terra ou aqua. Les Plats (39 €) seront « de mer ou d’eau douce » ou « de terre ». Enfin les desserts (19 €) seront aux fruits et légumes de saison, chocolatés, ou épicés.
Autre intérêt, le prix des menus, et le fait qu’ils sont tous composés de plats de la carte :
- Déjeuner (entrée-plat ou plat dessert) : 29 €. Du mercredi au vendredi.
- Déjeuner (entrée-plat-dessert) : 39 €. Du mercredi au samedi.
- Menu découverte : 65 €. Midi et soir, hors jours fériés.
- Menu Dégustation : 95 €. Midi et soir, hors jours fériés.
- Menu Carte Blanche : 120 €. Midi et soir, hors jours fériés.
Les plats ne sont pas choisis par les convives, qui peuvent bien sûr indiquer d’éventuelles préférences (poisson ou viande), ainsi que les allergies possibles.
Je me porte sur le menu déjeuner complet.
Amuses bouche : belle présentation, organique, originale en tout cas.
Le verre de champagne rosé qui les accompagne vient de la maison Billecart Salmon (bon point) mais le verre est à peine à moitié rempli (mauvais point). Ce n’est pas une erreur, le refill sera au même niveau.
Nous est proposé ensuite un pain argentin dit du partage à tremper dans une huile aromatisée au citron et au gingembre. Bof.
Entrée : un nem déstructuré au gascon, en carpaccio sous la pâte des nems en fils très fins. Le tout a le goût d’un nem….en plus sophistiqué. Plat très léger aussi.
Plat principal : de la bonite sur une crème de brocoli, une quenelle d’orange et déclinaison de choux. La chair bien cuite mais pas sèche, très fondante.
Pas de sauce ici. Renseignement pris, le Chef n’utilise plus les sauces classiques dans ses plats et c’est une très bonne chose. Les fonds (en fait du concentré) sont toujours préparés au moins quelques jours à l’avance, et ce, indépendamment de la qualité du restaurant. C’est ce qui rend bien souvent la digestion difficile et met à mal le foie.
Dessert : très réussi visuellement, très technique aussi avec un cacao fumant cuit à l’azote à déguster rapidement. Glace au chocolat blanc, tuile et gâteau au chocolat (une sorte de fondant), sauce noisette. Deux palets à la Reine des Prés (aucune idée de ce que c’est). Le plat le plus gourmand du repas.
Le Chef était en cuisine le jour de ma visite, aux fourneaux. Il est passé faire le tour des tables pour s’enquérir des uns et des autres d’une façon simple, authentique et chaleureuse.
Service un peu jeune voire inexpérimenté : une serveuse déjà mal assurée lors de la présentation des amuses bouches et qui récitait plus qu’elle ne comprenait les intitulés des plats, a eu un gros trou de mémoire au milieu de la description du dessert. Lorsque je lui ai indiqué que tout cela n’était pas bien grave et qu’il fallait qu’elle respire un bon coup, elle a failli nous faire une crise d’apoplexie et a dû appeler son chef pour tout reprendre. Plus de peur que de mal.
En Résumé :
Le(s) plus : Une cuisine légère, épurée, sophistiquée et ascétique, un rapport qualité prix exceptionnel.
Le(s) moins : Le cadre vraiment mochouille.
Conclusion : Une table incontournable sur la Côte d’Azur.
Mirazur
30, avenue Aristide Briand
06 500 Menton
Ouvert de mi février à mi-novembre, du mercredi au dimanche (déjeuner et diner).
Ouvert de mi juillet à fin août, du mardi au dimanche pour le diner, déjeuner le samedi et le dimanche.
Tél. : +33 (0)4 92 41 86 86
Fax : +33 (0)4 92 41 86 87
http://www.maurocolagreco.com/
Stéphanie Marin est une très talentueuse designeuse installée à Nice dont j’adore les galets Livingstones :
Avec Mirazur, le restaurant gastronomique Chantecler de l’Hôtel Négresco à Nice a aussi gagné une seconde étoile cette année. Nous en reparlerons la semaine prochaine.
Entre Nice et la frontière italienne, les autres établissements deux étoiles sont à ce jour:
- La Réserve de Beaulieu qui réussit le tour de force de garder ses deux étoiles malgré un turn-over important et inquiétant derrière les fourneaux ces dernières années. La direction familiale de ce palace semble avoir du mal à s’imposer dans le mercato des grands Chefs. Heureusement, l’équipe en salle fait le lien avec les habitués d’une façon très professionnelle.
- LaChèvre d’or : malgré le départ de Philippe Labbé pour l’Abeille (Hôtel Shangri La), le restaurant a gardé ses deux étoiles, d’une façon incompréhensible diront les mauvaises langues.
- Joël Robuchon Monte-Carlo : une expérience en demi-teinte. Je me suis promis d’y retourner, parce que j’aime beaucoup ce que fait ce grand Chef français.
- L’Hostellerie Jérôme : à La Turbie, spécialités méditerranéennes. Je ne connais pas.
Dans la série menus uniques ou ludiques :
- Septime à Paris : un de mes restaurants préférés du moment. Excellent rapport qualité prix.
