Rencontre avec Wai-Ming Lung, créateur du site orgyness.com

orgyness-logoEtre critique gastronomique, c’est assez simple et (presque) à la portée de tout un chacun. Quelques points précis doivent être abordés (prix, carte, cadre, cuisine…), le tout si possible en évitant les fautes d’orthographe. Ce qui est beaucoup plus difficile en revanche, c’est de le faire avec style.

Du style, Wai-Ming Lung n’en manquait pas lorsqu’il tenait son blog MrLung : ses chroniques avaient ce ton si particulier, vif et nerveux, rock’n roll, pince sans rire à l’occasion et toujours pertinent, grâce auquel on savait instantanément qu’on était ici et surtout pas ailleurs.

Le blog s’en est allé il y a un peu plus d’un an pour laisser place à un véritable site professionnel qui se nomme Orgyness. Nous avons souhaité nous entretenir avec lui de cette évolution.mrlung_Fotor

Critique-gastronomique.com – Depuis combien d’années tenais-tu ton blog ? Peux-tu indiquer à ceux de nos lecteurs qui ne le connaissaient pas les sujets que tu y abordais et l’approche qui était la tienne ?

Wai-Ming Lung – J’ai lancé MrLung.com en 2006. Au départ, je voulais uniquement tester les plateformes de blogging. Seulement, je n’avais pas envie d’aborder les thématiques publicitaires à l’instar de mes collègues, aussi – comme il s’agissait d’une époque où je voyageais pas mal – avais-je décidé d’axer le blog sur la gastronomie, pour partager les coups de cœur et les coups de gueule que je déversais habituellement sur des sites comme ASmallWorld. Mangeant deux fois par jour au restaurant, j’étais sûr de ne pas tomber à court de sujets !

Cela dit, je n’avais pas d’approche précise à proprement parler, je souhaitais simplement partager un avis. Le ton, la plume, le parti pris… Le reste est venu chemin faisant.

CG – Comment et pourquoi as-tu un jour décidé de passer d’un blog à un site professionnel ? 

WML – Pendant plus de 5 ans, j’avais un parti pris très fort, qui était le refus de la gratuité. Ma liberté de ton venait aussi de l’absence de lien économique avec les tables testées. Avec le temps, la gastronomie étant un petit monde, il devenait difficile de rester anonyme, car il ne faut pas être dupe : tous les restaurateurs (ou presque) connaissent le visage des critiques, même ceux qui ne veulent pas se montrer. Puis il y a la lassitude, dans la mesure où j’étais enfermé dans un personnage de chroniqueur gastronomique intransigeant qui limitait a fortiori mon champ éditorial. En gros, je voulais arrêter le blog, mais je ne voulais pas écrire pour un autre support pour autant ! J’ai donc dû faire évoluer le format.

CG – C’est quoi pour toi la différence entre un blog et un site professionnel ?

WML – Aujourd’hui, la principale différence entre un blog et un site qui s’apparente davantage à un magazine en ligne, c’est d’abord la richesse des sujets abordés. Un blogueur, c’est l’hyperspécialisation. Sur Orgyness, on parle toujours de gastronomie, mais désormais aussi de vins, de pâtisseries, d’hôtels et de bars… car chaque rédacteur a son domaine d’expertise. Un blogueur qui ferait tout ça n’est pas crédible à mes yeux.

CG – Peux-tu nous décrire ton projet éditorial avec Orgyness ? En quoi Orgyness se distingue-t-il d’autres sites qui abordent les mêmes thématiques ?

WML – En optant pour un nom comme Orgyness (l’orgie se réfère aux fêtes de Dionysos où étaient consommés en abondance du vin et de la bonne chère, sans référence sexuelle explicite), je voulais avant tout construire autour de valeurs, et communiquer un état d’esprit tourné vers le plaisir, à une époque où on doit manger peu et sain, boire avec modération, et faire attention à tout. Vivre tue, et nous comptons bien vivre et mourir en beauté. Grâce à cette ligne éditoriale forte, je pense que nous nous différencions des autres sites, car nous nous préoccupons plus du plaisir que de l’expertise tiède ou l’érudition.

CG – Comment est composée l’équipe qui travaille avec toi ?

WML – La rédaction d’Orgyness, c’est d’abord un rassemblement de personnes de bonne volonté, autour du projet éditorial. Chacun a une spécialité, ça peut être la pâtisserie, les vins ou la mixologie… mais ça peut aussi être un territoire géographique. Ainsi, nous avons une rédactrice basée à Londres, et bientôt nous devrions recueillir les contributions de nouveaux correspondants en province et à l’étranger.

CG – Quels sont tes objectifs de fréquentations ?

WML – Mon objectif n’a jamais été la quantité. Avec Orgyness, je voulais d’abord créer un site attractif, qui donne envie aux marques, hôtels et restaurants d’y figurer. Car c’est la nature du contenu et sa qualité qui attirent et surtout, qualifient nos visiteurs. Aujourd’hui Orgyness – qui n’a pas encore un an d’existence – a un trafic encore modeste, mais bénéficie d’un fort taux d’engagement. Je suis persuadé que ce modèle fera florès sur le long terme. En outre, notre marché étant une niche, le quantitatif viendra par l’internationalisation, c’est-à-dire par la traduction du média.

CG – As tu d’autres objectifs ?

WML – J’ai pour espoir qu’à terme, Orgyness ne demeure pas un simple média, mais une forme de label pour des bons vivants contemporains, capable de s’exprimer sur différents formats. Nous sommes des militants du plaisir, et je pense que cette raison d’être suffit amplement à justifier notre existence durant de longues années encore.

3 réflexions au sujet de « Rencontre avec Wai-Ming Lung, créateur du site orgyness.com »

  1. WML et V dans le même post : Evidemment, le résultat ne pouvait qu’être excellent ! pour WML le Blog est mort, vive le Site que je suis régulièrement, et pour V le Blog se poursuit pour la plus grande joie de tous ainsi que les articles sur Atlantico. Pour moi, deux des meilleurs représentants de la « blogosphère » (Dieu que ce terme m’insupporte !…) Classe, belle écriture, pointes d’humour, et surtout belle joie de vivre et de profiter ! Merci à vous deux !

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