Les grands magasins coréens

Les grands magasins coréens sont différents de leurs cousins européens. Cette différence, on la pressent assez vite à mesure que l’on découvre la ville, mais on a du mal à la saisir concrètement. Ca n’a rien à voir avec les étalages, les produits et le rayons. On trouve ici les mêmes grandes marques que partout ailleurs. Dior, Bottega Veneta, Hermès, Ami, APC, Melinda Gloss : toutes, des plus mondialisées aux plus confidentielles, elles sont toutes là.

IMG_2104_FotorQuelques-unes ont visiblement su s’attirer plus précisément les faveurs d’une clientèle asiatique qu’on dit devenue exigeante, voire experte en matière de shopping. Chez Shinsegea, l’affluence au corner Chanel du rayon femme est telle l’après-midi qu’un filtrage se voit invariablement mis en place par le personnel de sécurité. Les sacs des clientes qui attendent patiemment leur tour pour y entrer ? Invariablement Goyard, Chanel ou Vuitton, le trio de tête des marques française en Corée. Le trench ? Un Burberry’s pour celles et ceux qui en ont les moyens. La panoplie est là, prête à l’emploi, comme ailleurs, comme chez nous. C’est peut-être plus marqué ici, et encore.IMG_2112_Fotor

Ca n’est pas l’organisation de ces magasins qui fait la différence, elle est proche de celle que nous connaissons en Europe, pour ne pas dire identique. Au rez-de-chaussée les parfums et cosmétiques, aux premiers étages la mode femme, plus haut la mode homme, enfin le reste. Le sous-sol est invariablement consacré aux produits alimentaires. Ils viennent de partout, du voisin Chinois, d’autres pays d’Asie, d’Europe.IMG_2045_Fotor

On déjeunera donc au sous-sol. À la Galleria, dans le quartier de Gangnam, le spectre gastronomique est le plus large, avec des corners spécifiquement dédiés aux cuisines japonaises, mexicaines, françaises, italiennes, coréennes bien-sûr, j’en oublie. C’est aussi là qu’il est le plus pratique de se poser : on commande son repas, on paye et on s’installe à une table libre avec son plateau. Cafétéria premium. Ailleurs, plus simplement, on déballera le plat que l’on vient d’acheter à un simple comptoir. Partout du choix, partout la profusion, partout la qualité et les meilleures marques étrangères.

Il faut sortir du grand magasin pour apréhender une première différence : tous s’inscrivent à Séoul dans un réseau interconnecté élargi. Dans ce réseau, un centre commercial sous-terrain dense, avec sa multitude de petites boutiques presque à perte de vue, lui-même relié à une station de métro. Dans ces boutiques, la version cheap des produits proposés par le grand voisin. Les contrefaçons s’affichent sans complexe et visiblement sans crainte, sauf cette interdiction explicite apposée dans une seule vitrine de prendre des photos, entre un faux sac Dior et un faux Goyard.IMG_2023_Fotor

Et puis invariablement, il y a le grand hôtel, cinq étoiles minimum, disposant lui aussi de son accès direct. Le prix à payer pour attirer les clients, leur éviter l’ennui ou l’embarras de devoir prendre un taxi pour s’adonner à leur activité favorite. Le Lotte World, supposément le plus grand complexe commercial, appelons ça comme ça faute de mieux, d’Asie, s’est même adossé à un immense parc d’attraction indoors. Tout mis bout à bout, chacun des ces complexes à une taille qui n’a plus aucune commune mesure avec ceux que nos connaissons. Un lieu de vie hybride, autonome presque.IMG_2101_Fotor

Ces centres ont l’apparence extérieure d’une grosse boite aveugle, comme aux Etats-Unis. Aucun n’est logé dans une bâtiment historique, et pour cause : à Séoul, comme dans de nombreuses autres villes d’Asie, on ne trouve pas, ou rarement, de bâtiment ancien. Tous ont été construits ces vingt à trente dernières années. Pas de fenêtres donc, une immense façade sur sept, huit, dix niveaux, lisse avec un simple nom et le panneau publicitaire qui donne la tonalité du moment, de la saison. Chez Shinsegae ces temps-ci, et dans un raccourci saisissant, Pierre Hardy, le chausseur des Jardins du Palais Royal à Paris, a les honneurs de cette sorte de couverture géante. Une exception, là encore le Galleria, dont un des deux grands bâtiments qui longe l’Apgujeong-dong, a été conçu par le studio d’architectes hollandais UN Studio. On s’y rendra la nuit tombée pour en apprécier les jeux de lumière.IMG_2270_Fotor

La différence fondamentale avec ce que nous connaissons en Europe, il faut du temps, il faut surtout s’être beaucoup promené dans Séoul, pour la saisir : c’est le nombre. À Paris, pour un bassin de 10 millions d’habitants, on compte trois, quatre grands magasins peut-être. À Séoul, j’essaye de retenir les noms : il y a les Lotte (aussi une marque d’hôtel, dont l’un héberge le restaurant de Pierre Gagnaire dans le downtown), les Shinsegae, les New Core parmi beaucoup d’autres marques, dont certaines moins prestigieuses, forcément.

La différence est là : à Séoul, on ne les compte plus, il y en a trop, à chaque coin de rue, sur chaque avenue, comme un horizon urbain ultime et définitif… Depressing really.IMG_2030_Fotor

 

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